Carnet Silenzio

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    22-Jul-2016
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Épreuves non corrigées d'un extrait des carnets de Silenzio par Mathieu Gaborit

Transcript of Carnet Silenzio

  • TROISIMECARNET

  • Maestro

    Chre Silenzio, T u te demandais dans le premier volet de ton aventure : Et ces vingt-neuf avec moi, l-bas, au palais ? . Mais quel Bougre fais-tu ? Ne sais-tu pas compter ? O est donc pass ton regard matheux ! Lmotion sans doute Certes, jai invit trente dentre vous , comme je te lcrivais. Mais tu nas qu compter et tu verras : deux intrus se sont joints la fte. Et ces intrus nous en veulent, toi, aux autres, et moi-mme. Lun deux est le matre, il est trs dangereux Lautre est son disciple, plus vulnrable. Si tu veux connatre

    la vrit sur cette affaire et sur votre his

    toire la Mme et toi,

    je ten conjure, aide moi les retrouver. Je ne puis malheureusement pas agir moi-mme pour linstant, mais je pense pouvoir compter sur toi, plus que sur tout autre En gage de ma confia

    nce, accepte cette machine antique de ma f

    abrication Elle taidera

    arpenter Snanq, chapper ton destructeur. Accepte aussi et surtout ce croquis qui taidera retrouver nos ennemis L

    OptimateMaestro

  • LES LETTRES DE SILENZIO

    T e suis lch dans cet espace, la cit, ensorcel par ses lumires. Je suis rfugi la pointe de mes souvenirs pour peronner la ralit dans une foule sans visage. Jai le cur dsenvenim de ses obsessions et je rue, je che-vauche ma bte comme une valkyrie menstrue.

    Faut que tu comprennes, la Mme. Sans toi, sans les artes de ton heaume porte de pupille, je suis tempastaire sans orage, le taulier sans piaule. Mon cogito, cest ton absence. Moi, cest dans la terre que javais plant le ressort de ma vie. Sous le monde, jtais un vertical bien plant dans ses chausses. Jaimais notre cluse et ses ombres, jaimais me ba-digeonner des nappes dobscurit qui fondent len-dessous.

    Jai vcu en te voyant et je te ne vois plus. Je suis un sans toi, maintenant. Cest mon Grenzbertritt,

    mon passage de frontire. Je membrouille, je taquine labsurde sans dceler la vrit.

    Faut quon rcapitule, la Mme parce que jose pas te dire ce que je pense, jose pas te dire que le coup que jai reu sur la tte a creus son sillon dans ma mmoire et que je me sou-viens maintenant.

    Mais avant, que je te dise : on nous a attaqu. Jwe ne suis pas un guerrier. Chez nous, je laissais causer ta prsence et a dissuadait les surineurs. Je tai toujours dlgu ma violence sans croire que jaurais besoin delle. Dans le monde du des-

    sus, je suis un nouveau-n. Jai rien pu faire. Sous ce maudit soleil, jai mch ma faiblesse avec des yeux brls par la lu-mire. Faut que jouvre les yeux sur nous, faut que je pistonne mes paupires lassaut du rel.

    LAutomaton, il ma corrig, voil. Jai esquiv les pointes mais pas son bras. Je me suis carapat, le crne en carillon, je tai abandonn. Do il sortait, ce salaud ? Ya pas de hasard, ya que des rouages ivres et mal luns qui tournent de plus en plus vite. Ca senclenche et a sacclre. LAutomaton, il nous attendait, il te voulait et il ta eu. Mais je peux pas prsumer du pire, je peux pas croire que tu nexistes plus.

    On ta remplac, la Mme.L o je tai laiss, yavait un sanglier. Vrai, la Mme. Un

    sanglier laiss par le Maestro mais un sanglier de la mme trempe que toi : mercure, huile et magntite. Dis-toi bien que jai pas fait limpasse sur le mot : sanglier, du ruinard singu-laris : lisol, le singulier... Comme si ce monstre tait de ma famille ou que je grimpais Narcisse.

    Carcasse puise, tu tranais ta Mme dans sa barge, quand surgit soudain dune ruelle ce monstre mtallique. Il sen fit de peu quil ne tcrase.

  • Le Maestro membobine ? Est-ce quil pourrait tre ton fantme pour me protger ? Ou peut-tre bien que lui, cest toi, quil est ta plume et que tu es son corps. Peut-tre bien quen embrassant linertie l-dessous, en tcroulant comme un chevalier mis mort, tas pris sa place pour me peindre avec les autres dans le Palais Je te jure, jai le cerveau nou dincertitudes force de penser.

    Mais ya lessentiel, la Mme. Le mauvais coup reu sur la tte, il a ventr le pass. Et a sest dvers dans ma caboche en vagues sensibles. Jai tout vu, la Mme. Tout.

    Tas saign mes parents et cette pense, oh Mme, a me broie le ventre, a se dploie comme une toile aux pigments acide, une vraie fresque peinte sur la vote de mon crne abm. Je te vois, tes droite, bien droite au-dessus de leurs cadavres. Moi, je suis un enfant, peine trois petites annes coules dans les veines, croch entre les bras de ma mre. Si, cest elle, je le sens et cest son sang qui poisse mes cheveux, cest son odeur que la mort respecte encore qui asservit mon nez. Cette odeur, jen tremble encore. Ca rsonne de partout, a me secoue les paules comme la gigue dune naissance. Jai les os tellement froids, maintenant. couter sans juger dans le creux de notre cluse, sucer les secrets de mes invits pour les soulager, je croyais que le dit tait un baume mais tu vois, la Mme, lignorance peut devenir une caresse en noyant les perspectives.

    Jai vu le dcor, latelier aux poutres vieillies et aux carreaux vert baigns par les jours. Jai pas oubli les instruments de musique, tous en devenir, en bois et en mtal. Pendus, tags, travailler ou tout juste accords. Des pices fondues, bros-ses ou cabosse, des outils briqus, une forge encore tide et dans un coin, sous une toile de jute azur, la caisse fond plat dun cistre converti en berceau. Sr que mes darons, tout entier leur putrfaction, avaient aim ce repaire. Sr, mme que du temps o les cordes, les caisses et les embouts vieillis-saient sous leurs paumes, javais lpiderme en rsonance et la vibration en rcompense.

    Jaurais voulu que tu restes ma Mme, jaurais voulu que tu ne sois pas un monstre drgl par le remord, une crature dvisse lmotion capable de consacrer sa vie un enfant en croyant peut-tre quil pourrait lui pardonner. Pas sr que je puisse, la Mme. Dis, tu tais acheve le jour o on ta fa-brique ? Javais jamais voulu te penser comme une machine, un assemblage glac et incapable de crotre. La vie, a vo-lue mais toi, tes lesclave de la seule pice qui te rsume, un vulgaire interrupteur quil suffirait dactionner pour prendre la dcision absolue de marche ou darrt. Oui, jai le droit de rver domnipotence, tu me dois bien a. En revanche, je ne vais plus rver de ton armure trouble et mal assemble, je vais oublier quelle me donnait limpression dabsorber jusque dans la masse les mille obscurits de notre cluse.

    Ce sera mon premier combat : te retrouver pour toublier.

    Jai de la piste tide grce au Maestro. Il me dgueule ses mystres au compte-goutte et je dois, malgr moi, accepter ses aumnes dange-gardien.

    Je mattache, faut dire. Le Maestro a son tempo. Il volue deux ou trois soupirs davance. Peut-tre que son fil de vie est plus long que les autres, quil court au-del de la mort ou que Dame Fortune le tisse sans connatre la nature de son ou-vrage. Mais cest sr, la Mme, lui, il a la salive dune pythie. Tout ce qui marrive, cest du vrai ? Le Maestro, il pourrait tre metteur en scne de mes coulisses. Avec lui, le hasard est une muse au minois de Minotaure. Il me promne dans son labyrinthe et il semble toujours savoir o je vais.

    Tu te souviens du premier dessin, la Mme ? Le Maestro, il me prend de haut en voulant me faire croire que je ne sais pas compter et que ladversaire serait cach dans parmi les anonymes. La farce ! Jai beau me lustrer la rtine, je ne vois que trente silhouettes. Je dois avoir le cristallin fantasm ou peut-tre que je cale mes vrits lmotions ?

    Jen viens ma chevauche sur le sanglier.

    Tu neus dautre choix que de fuir, abandonnant l ta mre-mtal, prcieuse mais inerte

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  • Jai pas lsin sur la mlodie, jai enlac le pas dun endiabl et battu la mesure jusqu ce que le lupanar de lHydre de diamant cit par le Maestro inonde mon champ de vision. Avant, je taurais pas caus de ce que jai vu. Trop de nu, trop dintime. Mais cest bien fini, tauras le droit tout.

    Jai demand poliment pour rentrer et comme a ricanait avec des facis de cul, jai lch ma bte lentre en guise de blier. Jai laiss couiner derrire moi et jai fonc sans retenue, dvastant des couloirs de chair dvoile, cassant les hanches embotes et les langues enfouies. Javais des pulsions de sta-teur : halte aux plaisirs ! Livrez-moi le bien-dot et ses filles de joie ! Je les veux tous, je les veux toutes ! Taurais pas reconnu ton Silenzio, la Mme. Javais le cramoisi extatique, javais lhumeur dune virgo intacta priapique, Je tapais, je cognais et je vocifrais, le postillon gnreux. Les clients et les putes, je les bousculais avec une rage si longtemps contenue quelle me brlait des talons aux sourcils. Fallait que je me libre, la Mme. Que le Silenzio devienne pour de bon le Kriegwalsen et quil emporte tout sur son passage. Pour me rchauffer les os et massurer que jtais bien l, incarns comme un dieu vengeur, cals dans les pistons dune machine dvoue.

    La Mme, javoue : jai ador. Semer le chaos, cest une joie. Jai band mentendre gueuler plus fort quune banshee la

    torture, foi de Majests. Jai soign mon impuissance te sauver en dnouant le plaisir des alcves, en soufflant sur la pesanteur moite des alanguis. Quel pied, la Mme ! Jai sonn la charge contre les tentures et jai baptis ma bte au velours, la soie et au lin. Ca saccrochait ses vrins et ses crous en charpes folles, a se mlait aux vapeurs crachs par son museau cuivr. Ctait la trane dune marie hante par les couleurs du cou-chant. Bien vrai, a, jpousais ma colre et joffrais la bte les ailes froisses dun paon dcoiff la saison blanche.

    Et quoi ? Cette rage, a minspirait pour pincer le disciple. Jtais l pour lui. Il tait mon dernier lien, ma piste tide vers ta prsence. Jai fourr la chance, faut admettre. Ou les sabots de ma bte ont pitin la guigne et inspir ma bonne fortune. Le Maestro, il avait soign son ouvrage et jai recon-nu la gueule du disciple dun coup